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Taillable et taillables

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Répertoire des noms et surnoms des taillables de Donnazac, 80 EDT CC 2

Les biens nobles étant une infime minorité, presque tout le foncier d'une communauté est taillable (sauf cas exceptionnel de biens réputés nobles dominants comme les biens ecclésiastiques de Bernac, du Rialet ou de Navès). D'où le nom de "taillable" que l'on donne au territoire d'une communauté. Le terme "taillable" peut donc signifier soit l'étendue, le territoire d'un consulat, soit une chose ou un individu soumis à la taille.

Les chefs de famille d'une communauté sont-ils tous taillables et donc tous présents aux documents cadastraux ? On serait tenté de répondre oui, puisque même les nobles sont, au moins en partie, taillables. Mais il faudrait alors admettre que tous les ménages possèdent un bien foncier, si petit soit-il ; et cela, rien ne nous le prouve. Seule, la comparaison avec d'autres sources, l'état civil, par exemple, pourrait montrer s'il existe une frange de non-taillables, c'est-à-dire de miséreux entièrement à la merci des autres. Comme on remarque, sur les cadastres, des familles qui ne sont propriétaires que d'une seule et petite parcelle, on peut bien supposer qu'il en existe qui n'ont strictement rien et qui sont, par conséquent, absentes du compoix.

Inversement, les taillables inscrits au cadastre sont-ils tous de la communauté ? Evidemment non ! Il y a inévitablement des biens immobiliers qui appartiennent à des familles ne résidant pas sur le territoire de la communauté où sont situés ces biens. Les compoix font d'ailleurs nettement la distinction entre "manants" (du verbe latin "manere" : rester, demeurer, dans le sens d'habiter) et "forains". Les manants sont donc ceux qui habitent dans la communauté concernée sans, bien sûr, la connotation péjorative du mot lorsqu'on l'oppose à noble ou à bourgeois. Les "forains" (du latin "foras" : hors de), en occitan los foratas, los foratols, sont ceux qui résident dans un consulat voisin. Ce n'est pas rare et il n'y a pas que des raisons de proximité de limites. Certains forains peuvent être domiciliés fort loin de la (ou des) parcelle(s) pour laquelle ils sont imposables dans un consulat où ils n'habitent pas. Ces biens peuvent leur venir d'une dot, d'un héritage, mais aussi d'achat intentionnel, en particulier sur des terroirs spécialisés (vigne, chenevière...). Visiblement, la distance ne leur faisait pas peur ; ils la parcouraient pourtant le plus souvent à pied. Ces forains, les cadastres les placent souvent après les manants, en fin de registre, classés par lieux de résidence. Il faut bien voir que l'imposition, par une communauté, des non-résidants propriétaires dans son taillable, est une conséquence de la notion de taille réelle. Puisque l'impôt est sur la chose, il doit être payé là où se situe la chose. Le privilège dont ont bénéficié longtemps les Albigeois de payer à Albi l'impôt sur leurs possessions extra-albigeoises avait un fort relent de taille personnelle (par laquelle la personne est taxée à son domicile pour tous ses biens, où qu'ils soient situés).

Le taillable étant un territoire formé de terrains taillables, il est nécessaire, dans un pays de taille réelle, que la communauté détermine parfaitement les parcelles qui en font partie, à l'exclusion de celles qui dépendent des communautés voisines. Cela impose que l'on fixe avec une rigoureuse précision les limites de chaque taillable. On peut le constater dans certains compoix qui consacrent plusieurs pages de leur préambule à cette délimitation, concrétisée parfois par un bornage. Il est à peu près sûr que toutes les communautés ont procédé, même si elles ne la relatent point, à une telle opération, de concert avec la voisine concernée.

 

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