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Image des terroirs, des villes et des fortunes

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Plan terrier d'une partie du territoire de Puylaurens, XVIIIe s., 219 EDT CC 11. Cliquez sur l'image pour avoir un zoom.

Si la "démographie cadastrale" est aléatoire, il faut savoir qu'il est également malaisé de rétablir, à partir des compoix, l'image des terroirs, des villes et des villages et très difficile de dresser la pyramide des fortunes de la population fiscale.

Les superficies sont longtemps "estimées" avant d'être mesurées. Cela entraîne beaucoup d'à peu près, volontaires ou non. En tout cas, l'expression des superficies portées au rôle ne comporte jamais de fraction de l'unité de mesure la plus faible. Elle est toujours "ronde", donc approchée. Pour les métairies ("bories"), le déclarant imposé n'est pas, à Albi, le propriétaire, mais le métayer ; ce transfert fiscal fait sans doute partie du contrat de métayage, mais peut tromper l'historien.

Les compoix, on l'a déjà précisé, ne donnent pas la valeur vénale des biens recensés en monnaie courante de l'époque de leur estimation, mais leur valeur fiscale. La "livre livrante", comme l'on dira aux temps modernes, ou livre cadastrale, est de la sorte une unité purement fiscale. Sans doute existe-t-il entre elle et la livre réelle un rapport effectif, mais il est impossible à connaître si l'on ignore les mécanismes complexes de l'estime et de l'allivrement. La base de l'estime est variable. Ce peut être la valeur vénale du bien ; ce peut être son revenu annuel ; ce peut être ce revenu transformé en capital par usage d'un coefficient. A Saint-Flour, le revenu annuel est multiplié par 10 (RIGAUDIERE 1977). On passe ensuite de l'estime à l'allivrement par toute une série d'abattements, dont les règles et les proportions échappent souvent au chercheur. On opère d'abord un abattement à la base sur tous les biens ; à Cordes en 1475, il est de la moitié pour le moble et du tiers pour les immeubles à usage d'habitation (PORTAL 1902 p. 327). On prend ensuite en considération des charges comme les cens et les rentes ; ils sont déductibles. A Albi, pour le cabal, on tient compte, vers 1420, des frais généraux, des frais de personnel et de l'âge du bénéficiaire (4 EDT CC 1.). Interviennent enfin des abattements de caractère exceptionnel ; à Saint-Flour, ce sont les fondations pieuses, les aumônes et les emprunts. A tout cela s'ajoutent, à la fin du Moyen Age, des réductions en cascade de l'estime. A Castres, la décote atteint 75 % en 1383 (HUE 1955 p. 26). A Lautrec, en 1477, par exemple, la livre de compoix vaut 1/180e de la livre de monnaie, pour les terres (BLED 1972). A Toulouse en 1450, le taux d'allivrement baisse jusqu'à 2 % pour les immeubles et à 2,5 % pour le "meuble". On est encore plus bas pour ce dernier à Albi en 1490.

Pour comparer les valeurs cadastrales des biens de même nature pour des époques ou des lieux différents, il faudrait pouvoir opérer une péréquation. Faute de connaître pour tous les cas le mode exact d'allivrement, il convient de s'interdire de comparer la valeur des biens d'une période à l'autre ou d'un village à l'autre.

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