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Occupation du sol, répartition des cultures, parcellaire

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BIB A 2125 et BIB C 3067

En dehors de la langue et de l'onomastique, les résultats les plus sûrs offerts par l'exploitation des compoix concernent l'occupation du sol, la répartition des cultures et le parcellaire. Des travaux significatifs ont été réalisés en ce domaine, pour l'époque moderne (rappelons l'ouvrage SOBOUL 1958 sur les campagnes montpelliéraines avant la Révolution) comme pour les temps médiévaux. Pour la Provence médiévale, nous trouvons une série d'études récentes : COULET 1973, STOUFF 1980, ZERNER 1987. On trouve dans RIGAUDIERE 1977 p.15, une liste de travaux réalisés à l'aide des compoix. Rappelons ici des ouvrages concernant des régions proches du Tarn : la thèse d'Ecole des Chartes de SUAU-NOULENS 1971 et SUAU-NOULENS 1973. A quoi l'on peut adjoindre le D.E.S. de BERTRAND 1960, une thèse de l'Ecole des Chartes sur Pamiers (MAURY) et une thèse de troisième cycle de Gabriel-Marie de LLOBET sur Foix (Toulouse, 1966). Il est vrai que les compoix s'avèrent avant tout descriptifs de la fortune immobilière.

Sans doute faut-il ne pas oublier qu'il existe des biens exempts de l'allivrement, ceux des clercs et ceux des nobles, ainsi que les propriétés réputées aristocratiques ou bien ecclésiastiques. En général, toutefois, ces biens ne représentent qu'une minorité de parcelles. Ils sont en partie repérables, d'ailleurs, ainsi que les cultures qu'ils portent, grâce aux indications des confronts. Que l'on ne puisse connaître les superficies en valeur absolue, mais seulement pour une valeur approchée à quelques "carterées" près, cela ne semble pas devoir invalider les conclusions suggérées par les compoix quant à l'occupation du sol, lorsqu'ils indiquent la nature des cultures, la superficie des parcelles et le lieu où elles se situent. Ces données permettent d'établir le nombre de parcelles et la superficie globale consacrées dans le finage à chacune des cultures, ainsi que la répartition et l'importance de celles-ci, terroir par terroir. On peut même raffiner en calculant la valeur fiscale moyenne des parcelles cadastrées en fonction du type de culture auxquelles elles sont consacrées, de leur superficie et de leur situation. En ce qui concerne l'Albigeois, tout ou partie de ces résultats ont été obtenus à partir des compoix pour Albi et son terroir en 1357 (PRAT 1951), pour Lautrec dans la seconde moitié du XVe siècle (BLED 1972) et pour Rabastens, entre 1375 et 1380 (LORATIO). Dans ce dernier cas, l'étude sur le paysage rural et ses éléments se trouve en très large concordance avec un travail effectué à partir des registres de notaires, ce qui souligne la validité des informations procurées par le cadastre (FOURNIE-BASTARD 1977 ; le même auteur, à partir des sources notariales, avait antérieurement réalisé une étude générale sur Saint-Sulpice : FOURNIE-BASTARD 1974). L'idéal est, à coup sûr, de pouvoir corroborer les compoix par les registres de notaires, mais cela rend le travail plus complexe et n'est pas toujours possible, faute des sources nécessaires.

Plan d'application du compoix de Cuq-Toulza, et détail du moulin, 76 EDT CC 4

Les compoix autorisent également l'étude du parcellaire lui-même. On peut déterminer la superficie moyenne des champs selon leur localisation et la culture qui les occupe (et même selon le niveau de fortune de leurs propriétaires). En outre, quand il existe pour une même communauté une série de cadastres, elle permet de mesurer les pulsations du parcellaire en même temps que les variations de l'utilisation du sol, comme Emmanuel Le Roy Ladurie l'a fait pour le Languedoc entre le XIVe et le XVIIIe siècle (LE ROY LADURIE 1966).

La reconstitution du paysage rural à l'époque d'établissement d'un cadastre, la connaissance du type de parcellaire pour tel ou tel terroir à ce moment échappent à l'utopie et entrent dans le domaine du possible. En revanche, il semble beaucoup plus difficile d'aboutir à une reconstitution figurée du parcellaire, à un plan général. L'indication de nombreux confronts s'avère pour cela indispensable (sur ce problème, articles d'Alain GUERREAU et de Monique et Martin ZERNER dans Le médiéviste et l'ordinateur, 8, 1982, et 9, 1983.). Des tentatives intéressantes sont en cours, avec le secours de l'ordinateur, bien évidemment (MONTPIED, ROUAULT dans BIGET, HERVE 1989).

En tout état de cause, on peut quand même parfois, grâce aux compoix, cartographier à grands traits la censive. Certains cadastres distinguent en effet les terres franches et les terres chargées de cens, parce que cette charge entraîne une baisse de l'allivrement. Le bénéficiaire du cens est souvent indiqué, ce qui ouvre des vues sur le domaine éminent et la qualité des différents seigneurs. C'est le cas à Albi en 1377 (4 EDT CC 4), où des registres d'accensement (lauzimes) viennent corroborer largement les cadastres sur ce point (lauzimes de la collégiale Saint-Salvi et de l'hôpital Saint-Jacques, principalement).

Plan d'Albi : les gaches et les quartiers à la fin du moyen âge, Atlas historique des villes de France, 1983

 

On peut aussi dessiner à grands traits le réseau des voies de communication qui parcourent les terroirs, routes et chemins, sentiers parfois. Les compoix livrent aussi beaucoup sur la topographie urbaine, les rues et les places, leurs noms, les points forts du tissu de la ville : puits, fontaines, monuments civils, églises, couvents. Ils permettent de compter le nombre des maisons le long d'une voie ou dans un quartier ; ils rendent possible d'apprécier la densité du bâti par îlot ou par rue en révélant les espaces libres (airals, verdiers). La qualité même des immeubles peut s'apprécier par leur valeur d'allivrement et l'on peut avoir ainsi une idée assez exacte du paysage urbain. Des tentatives de restitution du parcellaire des villes par le dessin ont donné des résultats intéressants, mais l'étude implique un travail régressif à partir des premiers plans cadastraux contemporains et l'examen corrélatif des éléments anciens du bâti encore en place, car le foncier conditionne en partie ce dernier. L'entreprise est aléatoire sans fossilisation des édifices construits à une date voisine de l'établissement du compoix. Dans le cas contraire, elle peut produire des enseignements remarquables, comme le montre bien, en Emilie, l'exemple de Carpi (sur les difficultés de la reconstitution du parcellaire urbain, voir SOURNIA et COSTE, TOULIER 1984. Sur les résultats particulièrement positifs obtenus dans le cas de Carpi, voir BOCCHI, LUGLI.

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