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Hiérarchie des fortunes

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On sait qu'on ne peut obtenir que des résultats partiels quant à la composition des fortunes et à la hiérarchie sociale dans une communauté donnée, puisque les données des cadastres sont elles-mêmes partielles (non-enregistrement de la fortune mobilière, sauf de rares exceptions, non-inscription des biens-fonds situés hors de la communauté, incertitudes dans l'évaluation fiscale). Malgré tout, l'échelle relative de la fortune immobilière, établie d'après un compoix, doit largement correspondre à la hiérarchie sociale effective. Les cadastres permettent aussi de comparer la richesse selon les professions (quand celle des contribuables figure dans les registres) et à l'intérieur de chacune d'elles. Ils rendent également possible l'analyse de la composition des fortunes et la géographie des possessions immobilières et foncières d'un contribuable, l'une et l'autre pouvant être mises en rapport avec le niveau de richesse et la profession. La richesse peut être enfin calculée par ensembles territoriaux (quartier, îlot, rue), avec recherche des corrélations entre elle, le lieu du domicile et le métier des contribuables (à titre d'exemple, voir WOLFF 1966).

Albi, Castres, Lautrec, Rabastens ont, à des égards divers, bénéficié de recherches sur la composition et la hiérarchie des fortunes, la répartition des professions et de la richesse dans l'espace urbain (ouvrages déjà cités : PRAT 1951, HUE 1955 BISHUE 1955, BLED 1972, LORATIO).

 

Certains des compoix médiévaux, ceux d'Albi notamment, portent l'indication des mutations survenues pendant leur durée d'utilisation. Ils décrivent ainsi l'évolution des patrimoines au cours de cette période, opposant les feux dont la richesse décroît à ceux dont les biens augmentent en valeur fiscale ; parmi ces derniers, on en discerne quelques-uns, dont les titulaires pratiquent une sorte de "remembrement" rationnel en suivant une politique judicieuse d'échanges, d'achats ou de ventes. L'existence de cadastres successifs permet le même genre de recherche. Les compoix évolutifs, s'ils offrent des données supplémentaires, s'avèrent naturellement plus difficiles à analyser que ceux où les mutations n'ont jamais été enregistrées. Ces derniers offrent l'image fiscale arrêtée d'une communauté à la date de leur élaboration et posent assez peu de problèmes d'utilisation. En revanche, pour établir, à partir des compoix qui s'inscrivent dans la diachronie, une coupe synchronique, fixer l'état de la population à un moment donné (celui de la mise au net du registre est le plus aisé à rétablir), il faut éliminer les contribuables portés au rôle au-delà de ce moment ou bien morts antérieurement. Morts antérieurement, ce fait peut surprendre, mais l'établissement d'un cadastre dure un temps assez long. Par conséquent, des gens y figurent qui meurent avant son entrée en usage. Le scribe porte alors la mention mort es en face de la cote du défunt. On repère les gens inscrits après la mise en service du compoix, soit par la date à laquelle ils prononcent la déclaration jurée de leur patrimoine, soit, à défaut, par la date d'acquisition des biens portés à leur cote, date toujours mentionnée dans les mutations, tant à la cote du propriétaire ancien qu'à celle du propriétaire nouveau, soit enfin par l'intervention d'un scribe différent de celui qui a dressé le cadastre.

Voilà donc tout un ensemble d'informations essentielles que l'on peut tirer des compoix. Ils ouvrent des perspectives sur la répartition des cultures, le bâti, la propriété et si l'on peut en mettre plusieurs en série sur un temps relativement bref, ils permettent également de saisir l'évolution de ces phénomènes. Faut-il par ailleurs renoncer au projet de retirer des cadastres tout renseignement d'ordre démographique autre que le nombre des propriétaires ?

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