archives

Les mesures de longueur

Vous êtes ici : Compoix et cadastre XIVème-XIXème siècle / Introduction / Mesures agraires du Tarn / Les mesures de longueur

Photographie de cannes exposées lors de l'exposition "Mille ans d'archives"

L'unité de longueur dans le Languedoc était la canne (alors que l'unité de longueur "royale", qui servait de référence, était la toise de 1,949 m, divisée en 6 pieds - le "pied de Roi"- de 0,3248 m. Le pied se divisait en 12 pouces (de 0,0271 m) de 12 lignes (de 0,0022 m).). Elle se divisait systématiquement en 8 pans ou empans, le pan en 8 pouces et le pouce en 8 lignes.

Les auteurs (Lenormand, Bousquel, Portal) distinguent toujours 11 cannes utilisées dans le territoire actuel du Tarn :

- vraie de Montpellier 1,987 (6 pieds 1 pouce 5 lignes)

- supposée de Montpellier 2,003 (6 pieds 2 pouces)

- vraie de Toulouse 1,796 (5 pieds 6 pouces 4,2 lignes)

- supposée de Toulouse 1,804 (5 pieds 6 pouces 8 lignes)

- d'Albi 1,786 (5 pieds 6 pouces)

- de Castres 1,800 (5 pieds 6 pouces 6 lignes)

- de Lautrec 1,810 (5 pieds 6 pouces 10,66 lignes)

- de Brassac 1,940 (5 pieds 11 pouces 8 lignes)

- de Graulhet 1,768 (5 pieds 5 pouces 4 lignes)

- de Montauban 1,840 (5 pieds 8 pouces)

- de Villemur 1,822 (5 pieds 7 pouces 4 lignes)

 

On s'aperçoit que ces 11 cannes forment en fait 2 groupes : celui de la mesure "longue" (1,940 à 2,003) de Montpellier ou Brassac, et celui de la mesure "courte" (1,768 à 1,840) de Toulouse et ses variantes. Au-delà des raffinements hypercritiques des géomètres du début du XIXe siècle, on peut considérer qu'avec les moyens techniques de l'ancien régime et pour les besoins de l'arpentage, les contemporains n'avaient conscience que de cette dualité de mesure élémentaire (voir CLERC 1991). GUILHERMOZ 1913 explique que la canne de Toulouse représente 6 pieds romains de 16 doigts (0,294 x 6) et la canne de Montpellier, 6 pieds de 18 doigts (0,331 x 6), et que l'édit de juillet 1501 qui avait voulu faire de la canne de Montpellier l'étalon unique de Languedoc ne put aboutir du fait de l'opposition des Toulousains. La frontière qui sépare le Languedoc entre canne de Montpellier (la mesure longue) et canne de Toulouse et ses variantes (canne courte) partage à peu près du Nord au Sud les trois diocèses d'Albi, Castres et Lavaur.

Carte des cannes utilisées dans le Tarn, cliquez sur l'image pour l'agrandir

Les tables de VEUVE DOULADOURE AN X expliquent la raison de l'existence des deux mesures vraie et supposée de Toulouse. Au Capitole existait une canne étalon (de 1,796 m) et une perche étalon (on verra que la perche est l'unité utilisée pour les mesures de surface) censée représenter 14 pans de la canne étalon, donc 1,796/8 x 14 = 3,143 m. Or cette perche devait faire environ 3,160 m, ce qui donne une valeur théorique de la canne de 3,160/14 x 8 = autour de 1,804 m. Selon donc que les arpenteurs partaient de la canne étalon réelle ou de la canne déduite de la perche réelle, on se trouvait en présence de la canne vraie ou de la canne supposée. La différence entre elles (comme entre la canne de Toulouse et ses variantes : Albi, Castres, Lautrec, Graulhet, Montauban ou Villemur) était de toute façon à peu près négligeable. C'est avec un certain scepticisme, mais avec un respect peut-être excessif pour le travail fourni par nos devanciers, et avec l'espoir que des recherches plus approfondies puissent le justifier quand même en partie, que les variantes canne vraie / canne supposée ont été systématiquement fournies pour les communes où le doute subsiste. Lavaur semble s'être servi de la canne supposée.

LENORMAND AN X explique (p. 34.) que la canne vraie de Montpellier désigne la mesure réelle de cette ville et que la canne supposée est en fait la variante de la canne de Montpellier d'emploi général en Rouergue (voir INSTITUT DU MASSIF CENTRAL 1990).

La carte des cannes montre l'extension des deux cannes régionales, Toulouse et Montpellier ; la première s'étendant en vaste croissant de Vaour à Arfons, et poussant une pointe à l'est dans la bastide royale de Réalmont ; la seconde occupant tout le Ségala, la Montagne castraise et la haute vallée du Thoré. La canne de Montpellier s'étend également dans tout le Nord du diocèse d'Albi, dans le territoire du très vaste juratif de Cordes (carte dans PORTAL 1965), et se trouve inextricablement mêlée avec la canne d'Albi. L'étude n'a pas été poussée assez loin pour déterminer le sens de l'évolution, mais on peut penser qu'à la canne "historique" de Montpellier tend à se substituer au cours du XVIIIe siècle la canne d'Albi, la ville plus proche, chef du diocèse. Le signe en est dans les équivalences données par le cadastre napoléonien pour les communes du canton de Cordes (3 P 30-33), qui donnent quelquefois (Lacapelle-Ségalar, Loubers, Les Cabannes, Tonnac, Vindrac) une valeur de canne qui est celle d'Albi et une valeur de sétérée concernant celle de la canne de Montpellier. La canne a dû changer, mais on a gardé la valeur ancienne de l'unité de surface.

Cette dernière occupe assez largement tout son diocèse, de Penne, Montmiral et Lisle à l'ouest, au méridien de Villefranche à l'est, sans trop mordre sur le Ségala. La mesure de Castres, quant à elle, s'étend à cheval sur les diocèses de Castres et de Lavaur, de Damiatte au Vintrou, laissant à la mesure de Lautrec la zone de l'ancienne vicomté, de Vénès et du Contrast au nord-est, à Serviès et Lalbarède au sud-ouest, et à la mesure de Graulhet la superficie approximative de son actuel canton. Lenormand déclare nettement que la canne de Brassac (variante de celle de Montpellier) n'était pas utilisée pour l'arpentage. Il indique seulement les communautés de Brassac et du Bez comme en faisant usage (il ne serait pas improbable que Castelnau-de-Brassac l'ait aussi utilisée. Lenormand a par erreur laissé blanc sur ce point son tableau, p. 228). C'est donc à tort que Portal a formé l'hypothèse que cette mesure ait pu être employée pour l'arpentage dans les communes ayant adopté la sétérée de 1024 cannes. Les communes du diocèse de Montauban (ainsi que Lasclottes, actuelle commune de La Sauzière Saint-Jean) et la communauté du Riols (pour les terres dépendant du doyen de Varen) utilisaient enfin les mesures de Montauban et de Villemur.

Il faut insister sur la relative imprécision de la répartition de l'emploi des cannes de référence. Les communes déclarent parfois employer la mesure du bourg proche (Rabastens, Cordes, Réalmont...). Stéphane Clerc note qu'il y a pu avoir variation dans le temps entre canne courte et canne longue, comme à Lacrouzette, Arifat, Montcouyoul, Rayssac.

 Mentions légales Plan du site