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Les mesures agraires

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Compas d'arpenteur (collection musée de Gaillac)

Si dans l'arpentage des petites surfaces (meubles, bâtiments), c'était la canne carrée qui était généralement en usage (mais pour les maisons, d'autres cas pouvaient se présenter. Les maisons de Revel sont arpentées en lougade de 80 cannes carrées : renseignement aimablement fourni par M. Hébrard, de Revel ; à Pugnères, on utilise la perche carrée... Lenormand explique que les planches étaient en général mesurées avec une canne carrée spéciale, dite canne de postan de 8 pans sur 9.) ; les champs étaient arpentées à partir d'une unité de longueur qui était la perche, orthographiée le plus souvent "perge", ou latte (en Provence et dans le Bas-Languedoc, et sporadiquement en Albigeois, on trouve le terme de dextre.). Certaines zones calculaient certes leurs sétérées en cannes carrées (c'est le cas général de la Montagne castraise, zone de la sétérée de 900 cannes ; ou du Vaurais, zone du setier de 1600 cannes), mais l'usage général était de s'exprimer en perches, et les compoix préfèrent le plus souvent dire "sétérée de 900 perches de 16 empans (ou de 2 cannes)" que "sétérée de 3600 cannes" (cas du Vaurais), ou "sétérée de 256 perches de 16 pans" que "sétérée de 1024 cannes" (cas du Lautrecois).

La perche était composée d'un nombre variable de pans (huitième partie de la canne en usage). La perche de Toulouse était ainsi de 14 pans, celle d'Albi, de 17 pans, celle de Castres, de 18 pans, celle de Gaillac, de 17 pans 1/2, etc. (jadis, on divisait non seulement la canne en 8 pans, mais aussi en 6 pieds, comme la toise. Il peut être intéressant de convertir les perches en pieds pour comprendre certaines bizarreries apparentes. La perche de 10 pieds = 13,5 ou 14 pans ; 12 pieds = 16 pans ; 15 pieds = 20 pans.)

Lenormand déclare nettement que "la perche n'est pas véritablement une mesure réelle, c'est une mesure de compte, de même que la pistole dans notre ancienne monnaie" (p. 37-38). L'instrument généralisé au XVIIIe siècle est le compas, réglé sur une unité conventionnelle permettant à l'agrimenseur de retrouver la perche étalon.

Une note de l'arpenteur insérée dans le compoix de Salvagnac (276 EDT CC 3, 1er f° v°.) nous permet de percevoir les problèmes de calcul avec des nombres non décimaux et à base multiple, et certains "tours" de métier :

 

Note de l'arpenteur dans le compoix de Salvagnac, 276 EDT CC 3

La perche carrée était appelé escac, ou escat (ou escaich, en latin scadium), qui a la même racine que scaqua : la case d'échec, le carreau élémentaire. La mesure agraire était en Albigeois généralement appelée sétérée (cestérée, cestayrade, setier, septier...), parfois (principalement dans le Lauragais, influencé par Toulouse) arpent, ou sac. Les prés et vignes pouvaient avoir une mesure propre, très généralement appelée journal, qui était une subdivision de la sétérée (souvent le 1/8e), ou une composition tout à fait particulière de perches carrées. Les subdivisions de la sétérée pouvaient varier dans l'usage, mais VIDAL, SANTI 1896 ont montré (p. 294-300) qu'elles obéissaient à une grande régularité. La sétérée se divisait le plus souvent en 2 éminées, en 4 cartes (carterée, cartayrada), en 8 demi-carterées (mieja cartayrada, ou megieyrada, megère), ou mesures, rases, arpents, journaux, en 16 cartons (cartonnés, cartonada) ou pugnères ou coupades. Le boisseau était toujours l'élément le plus petit, la moitié ou le tiers de l'unité précédente. Il pouvait donc être le 32e de la sétérée, ou le 48e, ou, quand apparaissaient des demi-cartonnées ou des quarts de cartonnée, le 1/64e, voire le 1/128e. Le boisseau se divisait à son tour en 2 pennes ou 4 quarts, ou en 2 coups. La division la plus régulière de la sétérée était sa 8e partie : mesure ou rase ou mégère.

Les sétérées étaient construites avec un nombre variable de perches carrées, les plus fréquentes étant les sétérées de 324 perches (carré de 18 perches sur 18), de 400 perches (20 x 20), de 576 perches (24 x 24) ou de 900 perches (30 x 30).

Sans trop s'attacher aux légères variations de longueur de la canne et à la division en perches, on peut, en classant les sétérées dans l'ordre croissant de leur valeur absolue en ares, présenter le tableau suivant. La carte qui en est tirée, à plus grande échelle que celles présentées par BERNARD 1982, révèle une répartition géographique d'une assez grande logique, isolant des "pays" homogènes (régions de Lavaur, de Rabastens, de Graulhet, de Lautrec, du Sénégadès, du Ségala, etc.) qu'il n'y a pas lieu de commenter longuement. On peut constater, en particulier dans les diocèses de Castres et de Lavaur, que l'unité de surface est de plus en plus petite à mesure que le relief est plus accidenté et la terre moins riche (à l'exception du Lautrecois, enclave homogène d'une "petite sétérée".). On remarque également la très faible influence de la sétérée d'Albi et, comme pour la carte des cannes, la grande incertitude de la répartition de la sétérée bâtie sur la mesure d'Albi ou sur la mesure de Montpellier dans le Cordais.

Là encore, on insistera sur le caractère éminemment provisoire de cet état, qui reste globalement valable pour le XVIIe et XVIIIe siècles, mais mérite d'être très amplement approfondi et détaillé par de nombreuses études communales.

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